Lundi 23 Octobre 2017

Mis à jour le Lun. 23 Oct. 2017 à 09:43

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Le sentier de l'action

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Il convient de marcher prudemment car le faux ne se différencie du vrai que par l’épaisseur d’un cheveu. […]

Dans le chapitre IV de la Bhagavad-Gîta intitulé « Jnana Yoga », ou le livre de la Religion de la Connaissance, Krishna le Béni, instruit Arjuna quant à la nature de l’action, disant : « Le renoncement aux œuvres et la dévotion par les œuvres sont deux voies d’émancipation finale, mais les deux, la dévotion par les œuvres est plus hautement appréciée (par Lui) que le renoncement », et, « la nature de l’action, de l’action défendue et de l’inaction, doit être bien apprise. Le sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir.

Dans la vie ordinaire de tous les jours, ces paroles de Krishna sont bien vraies, mais leur puissance se fait étrangement sentir dans le mental de l’étudiant dévoué de la Théosophie, surtout s’il appartient à la Société Théosophique. Cet organisme de chercheurs a passé sa période de probation, si bien que dans l’ensemble, il est un chéla accepté des Maîtres Bénis qui donnèrent l’impulsion à laquelle il doit l’existence. Chaque membre de cet organisme se trouve donc placé dans la même relation vis-à-vis de la Société, que chaque fibre du corps d’un chéla vis-à-vis de l’être total. C’est pourquoi, maintenant plus que jamais, les membres de la Société subissent des influences déroutantes ; pourquoi aussi le Sentier de l’Action est susceptible de devenir, jour après jour, plus confus.

Des centres de troubles émotifs ont toujours existé dans nos rangs, ou s’y sont manifestés. Ceux qui ne pensent pas que ces perturbations doivent cesser ou devenir moins fréquentes, s’apercevront bientôt qu’ils se sont trompés. L’intérêt croissant que le travail de la Société suscite, et le nombre plus grand que jamais d’étudiants sérieux qui se rangent à nos côtés, constituent des éléments de troubles. Chaque membre nouveau est une nouvelle nature qui se joint aux autres, et chacun agit selon sa nature. C’est ainsi que les occasions de dissensions ne manquent pas de se multiplier ; mais cela n’en est que mieux, car la paix dans la stagnation participe de la nature de ce qui est appelé dans la Bhagavad-Gîta : Tamagunam ou la qualité des ténèbres. Celle-ci, la pire chose qui existe, est le principal facteur de l’indifférence, et l’indifférence ne mène qu’à l’annihilation.

Un autre élément de cette équation que tout Théosophe sérieux doit résoudre, et qui contient en elle-même, la potentialité de nombreuses frictions, c’est une loi, difficile à définir quoique inexorable dans son action. Pour mieux la faire comprendre, disons qu’elle est illustrée dans la nature, par le lever du soleil. La nuit, quand la lune inonde le paysage de ses rayons, tout est revêtu d’un aspect romantique ; puis quand cet astre se couche, la nature est plongée dans une demi-obscurité, où le côté douteux des choses peut se dissimuler et même se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Mais lorsque le soleil se lève, tout apparaît sous un vrai jour : l’écorce rugueuse du chêne a perdu l’aspect adouci qu’elle revêtait dans la demi-clarté et les hautes herbes ne peuvent plus être prises pour les fleurs du malwa. La main puissante du Dieu du jour a dévoilé le caractère de chacun.
Qu’on n’aille pas croire pourtant, que quelque dirigeant ait fait un rapport au sujet de nos membres, rapport duquel on pourrait déduire et publier le caractère de chacun. Nul besoin de cela ; les circonstances se présentant dans leur ordre naturel, ou modifiées par des événements en apparence extraordinaire, nous obligeront, bon gré mal gré, à nous montrer tels que nous sommes.

Chacun d’entre nous devra attendre et s’instruire dans la grotte qui précède la Salle du Savoir, avant de pouvoir y entrer. Il est vrai que cette caverne avec ses ombres profondes et ses influences troublantes, n’est qu’une illusion. Mais c’est une illusion que très peu pourront s’abstenir de créer, car difficiles à vaincre en vérité sont les illusions de la matière. C’est là que nous découvrirons la nature de l’action et de l’inaction, là que nous reconnaîtrons que, bien que l’action participe de la nature du mal, elle est plus proche de la qualité de la vérité, que ne l’est ce que nous avons appelé obscurité, quiétude, indifférence. Hors du remous et de la lutte d’une vie en apparence désordonnée, s’élèvera peut-être celui qui deviendra un guerrier de la Vérité. Mille erreurs de jugement faites par un étudiant sérieux qui, mû par un motif pur et élevé, s’efforce de faire progresser la Cause, valent mieux que la bonté superficielle de ceux qui s’instituent juges d’autrui. Toutes ces erreurs faites au nom d’une bonne cause, en semant la bonne semence, seront pardonnées par suite de leur motif.
Ne jugeons donc aucun de nos semblables. Nous ne pouvons prendre sur nous de dire qui sera, ou ne sera pas, admis à entrer dans la Société Théosophique, et à y travailler. Les Maîtres qui l’ont fondée désirent que nous répandions son influence et sa lumière sur tous, sans égard pour ce que nous-mêmes pensons. Nous avons à semer la graine, et si elle tombe dans un sol pierreux, le semeur n’en sera pas tenu responsable.

Notre Société n’est pas non plus destinée uniquement aux gens bons et respectables. Aujourd’hui, tout aussi bien que du temps où parlait Jésus de Nazareth, il est vrai qu’un pécheur repentant crée plus de joie au ciel que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas à se repentir.
Souvenons-nous donc que le Sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir, et méfions-nous des illusions de la matière.

Hadjii Erinn.
Extrait de l’article publié pour la première fois par M. Judge dans la revue le Path, de novembre 1887, sous le pseudonyme de Hadjii Erinn.

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