Vendredi 20 Octobre 2017

Mis à jour le Ven. 20 Oct. 2017 à 09:43

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Loges ouvertes ou fermées (publiques ou privées)

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La Société Théosophique n’a jamais interdit les Branches privées. Si cinq membres peuvent vivre séparés, ils peuvent aussi exister ensemble ; car ce n’est pas moins bien d’être organisé que de ne pas l’être. De plus, on peut concevoir qu’il puisse y avoir des circonstances particulières ou il n’est pas souhaitable de l’annoncer publiquement – par exemple s’il y a localement des préjugés contre la Théosophie, ou si les membres associés sont trop peu nombreux ou n’ont pas une connaissance suffisante de la Théosophie, pour rédiger des écrits et tenir des discutions de qualité devant un public extérieur, ou si leurs lacunes intellectuelles pourraient engendrer dérision au lieu de respect de la part du public. Un autre cas possible, concerne des membres associés qui se réunissent dans le but manifeste d’organiser des réunions publiques, et ils se réunissent temporairement en privé pour étudier ou se préparer avant d’instruire des visiteurs. Dans chacun de ces cas, une intimité provisoire est tout à fait légitime.
Mais il y a un autre cas qui est moins recommandable. C’est quand un groupe de Théosophes choisit l’exclusivité parce qu’ils ne désirent que des gens de leur propre milieu, ou parce qu’ils craignent d’être ridiculisés si on apprend qu’ils sont membres de la Société Théosophique, ou encore parce qu’ils souhaitent se réunir pour le progrès de leur propre culture intellectuelle ou dans le but d’acquérir de pouvoirs psychiques. Le fondement d’une telle Loge est la timidité ou l’égoïsme, et sur aucune de ces bases une bonne structure Théosophique peut être construite.
Quel a été le destin des Branches privées de la Section américaine [de la Société Théosophique] ? Cinq Chartes ont été émises pour de telles Branches. De ces cinq Branches, deux sont mortes en silence et rapidement, une à rendu sa Charte, une est pratiquement morte, et une est trop récente pour avoir une histoire. Aucune n’a contribué à renforcer la Société, à propager ses enseignements, ou à accroître le nombre de ses membres.
Il doit y avoir une raison à cela qui n’est pas difficile à trouver. La raison est simplement que l’idée fondamentale d’une Loge définitivement privée et l’idée fondamentale d’une Branche Théosophique sont diamétralement opposés. Il y a, en vérité, une contradiction dans l’expression même de « Branche privée ». Une « Branche » est une ramification de l’arbre parent, une pousse non pas souterraine mais aérienne. Si vous ne l’exposez pas à la lumière solaire et à l’air et aux rigueurs des forces de la Nature, confinant ses jeunes pousses dans l’obscurité, le mystère et l’isolement, vous allez non seulement la priver de la nourriture essentielle à son développement, mais vous allez entretenir les forces intérieures qui provoqueront son dépérissement. Mais pas seulement ça. Une « Branche privée » manque de l’essence même de la vie Théosophique : l’altruisme. La Théosophie n’est pas comme un dépôt bancaire que l’on a amassé pour le contempler et s’en délecter ; c’est une « bourse » de la Fortune, qui se remplit aussi vite qu’on le vide pour le bénéfice des autres. Le véritable esprit théosophique fixe son regard sur les besoins d’une vaste humanité dans l’ignorance, il sait qu’il n’y a pas d’autres solutions pour vaincre l’ignorance que de répandre la vérité, et de s’interroger sur le meilleur moyen de le faire. Le Théosophe ainsi animé par cet esprit se joint à la Société pour l’aider, il ressent le besoin d’un échange sympathique et de la force de l’union, s’efforce de former une Branche avec des personnes partageant le même état d’esprit, travaille pour elle, la met en valeur parce qu’elle permet de répandre un flot régulier de connaissance et d’influence sur le voisinage. Il sait très bien que sa propre vitalité Théosophique dépend du degré de travail accompli et pas seulement de sa méditation ; et il en est de même pour une Branche. En vérité, un esprit Théosophique vigoureux, rempli d’une ardente aspiration philanthropique à propager la vérité, doit se sentir quelque peu frustré quand on discute de cosmogonie et des sept Principes [fondamentaux] dans une Loge très fermée, et il ressent un soupçon d’incongruité et d’inconfort. Le spectacle d’un groupe dans le confort et plein de suffisance examinant gravement les vérités éternelles sans que personne d’autre ne soit admis à écouter, frise le ridicule. C’est là un des cas où le sens de l’humour protège chacun de l’absurdité et des erreurs.
Il ne sera jamais trop souvent répété que la vraie Théosophie n’est pas une contemplation, une introspection philosophique ou une causerie, mais un travail, un travail pour les autres, un travail pour le monde. On nous dit que l’écueil fatal au progrès est l’égoïsme sous l’un quelconque de ses aspects protéiformes. Il ne sera pas surmonté en pensant à soi-même, mais en cessant de penser à soi-même. Et comme nous devons penser à quelque chose, l’alternative est de penser aux autres et comment les aider. Quand le mental est ainsi occupé à de tels projets et que les mains les mettent en œuvre, l’égocentrisme s’éloigne et l’égoïsme s’efface. L’égoïsme meurt d’inanition, et l’altruisme grandit parce qu’il est constamment nourrit. Et pendant tout ce temps le vrai progrès avance insensiblement. Le mental se libère des préjugés et des brumes, l’esprit grandit plus rayonnant et allègre, la paix gagne tout l’être intérieur, et la vérité est perçue plus clairement. Ainsi le grand obstacle à l’évolution s’estompe progressivement.
C’est aussi vrai pour une Branche. Tant qu’elle n’existe que pour le progrès ou le divertissement de ses membres, le principe d’égoïsme est dominant, car l’égoïsme n’est pas moins vrai parce qu’il est associé à des buts en eux-mêmes élevés. Une telle Branche ne peut pas espérer prospérer ; elle ne le désire probablement pas ; et elle ne grandira certainement pas. Que faut-il pour la faire grandir ? Il manque cette essence de toute vie et de croissance qui pénètre tout le vivant. La conception opposée d’une Branche, celle d’une force organisée pour la meilleure propagation de la vérité, pallie à ce manque. La préparation de documents ou de réunions ne signifie pas exhiber des idées personnelles, et encore moins spéculer sur des problèmes singuliers et obscurs, mais exposer en langage clair des aspects de la vérité dont le penseur estime qu’ils ont une valeur pour la réflexion ou la pratique. C’est une offrande aux autres, non une mise en avant de soi-même. Le principe de vie de toute la Nature coule à travers l’être, purifiant la pensée, stimulant le motif, énergisant la parole. Puis il s’épand à l’extérieur, réchauffant les oreilles engourdies ou apathiques, éveillant l’attention, suscitant l’intérêt, stimulant la recherche. Ainsi l’influence se propage, la fréquentation augmente, et la Branche progresse.
L’histoire des Branches ouvertes démontre ce qui pourrait autrement paraître théorique. Celles qui ont gardé en vue le but de propager la Théosophie et qui se sont efforcé de faire des réunions intéressantes et instructives pour les gens de l’extérieur, se sont développées. Une Branche qui depuis des années ajoutait rarement un membre à sa petite liste, ouvrit ses réunions à tous. En deux ou trois ans, elle tripla ou quadrupla de taille. Cela se fit tout naturellement. L’effet d’annonce aidant, les visiteurs vinrent. Quelques thèmes évocateurs leurs plurent, ils revinrent, sentirent un intérêt, puis un charme, et enfin une dévotion. Puis ils se joignirent à la branche et en invitèrent d’autres. Le progrès et la prospérité s’en suivirent.
Alors qu’il ne serait pas juste pour le Société Théosophique d’interdire les Branches privées, il serait erroné de les considérer autrement que temporaires et provisoires, et leur fonction missionnaire étant simplement suspendue. Ceux qui préparent le chemin et ceux qui organisent des Branches de la Société [Théosophique] feraient bien d’insister sur la vraie nature d’une Branche en tant qu’organe vivant, actif, offensif, ne faisant pas de prosélytisme, mais étant un moyen de propager la vérité. Ses effets sur l’extérieur sont ce qui compte le plus. Si ses membres s’efforcent d’agir pour le profit des non-membres, ils en seront certainement grandis eux-mêmes. Et entre le dynamisme d’une Branche et son développement, il y aura toujours une relation. La stagnation du nombre de membres résulte de l’apathie, un accroissement résulte de l’inverse.
Et, d’un autre côté, les membres d’une Branche ont besoin de sentir que l’intérêt du public et la croissance de la Branche ne sont possible que si les réunions sont rendues intéressantes. Il en est exactement de même pour les Églises. Si le service est terne et le prêche sot, les gens ne viendront pas. Peut-être ne le devraient-ils même pas. La vie est trop courte pour être ennuyeuse. Le Professeur d’Oxford qui passait ses dimanches aux champs plutôt qu’à l’Église disait qu’il « préférait les sermons des pierres aux sermons des bâtons » ; et les Théosophes, plus encore les non-Théosophes, choisiront une soirée avec des livres si l’alternative est une réunion de Branche sans vie où tout est laissé au hasard, ou si dans laquelle l’intelligence est offensée par du radotage.
Mais là ou les principales conférences sont convenablement et vraiment préparées, et où les essayistes sont méritants et bien qualifiés, un état de choses se met en place quand les assistants chercheront à être admis à d’avantages de droits et de prestations. Une sérieuse contribution aux discussions des Branches ouvertes est véritablement une aide pour la Théosophie tout autant qu’un soutien à ses publications ou son travail, et cela tend immédiatement à faire croître la Société que nous espérons aussi impressionnante pour le public, que source de notre force, et expression de notre progrès.

W.Q. Judge - Harris P..
The Path, May, 1890

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