Lundi 23 Octobre 2017

Mis à jour le Lun. 23 Oct. 2017 à 09:43

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Etude et travail théosophique

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La naissance et la vie d'une branche de la Société Théosophique [la S.T.] sont très semblables à celles d'un individu. Il en est d'un groupement de théosophes engagés dans l'entreprise et l'étude théosophiques comme d'une personne : les êtres qui lui donnent naissance et son milieu ultérieur ont un grand rapport avec la poursuite de sa vie et la puissance de l'influence exercée sur les éléments qui composent l'associa¬tion ; ils conditionnent aussi l'influence qui rayonne de la branche sur les gens de l'extérieur. Et dans une branche de la S.T., la paternité est partagée par tous ceux qui se mettent ensemble pour la lancer et soutenir son existence. Si les auteurs de ses jours sont inintelligents, confus, incertains, ou s'ils recherchent leur propre avantage dans la formation de la branche, la vie de celle-ci et son travail seront à leur image. Sa croissance sera arrêtée, son influence paralysée, et les résultats - nuls. Le travail et l'influence d'une branche reposent sur la connaissance de la doctrine théosophique, sur les motifs, idées et idéaux de ses membres ; aussi devons-nous considérer quelle est la connaissance requise, et quels devraient être les objectifs, idées et idéaux de ceux qui composent une branche de la S.T. et sont destinés à y travailler. Il faut également s'interroger sur les méthodes qu'il conviendrait d'adopter, ainsi que sur celles qui seraient à éviter.
Le travail d'une branche a deux domaines objectifs où il est destiné, dans l'ordre théosophique des choses, à faire ressentir, son aide et son influence. Le premier est constitué par ses membres individuellement et collectivement, et le second par la fraction du monde qui se trouve à sa portée. Si, comme je le crois fermement, la théorie de la fraternité universelle est basée sur une loi - un fait - dans la nature, selon laquelle tous les hommes sont des êtres spirituels qui sont indissolublement liés et unis entre eux pour former un vaste tout, il s'ensuit qu'aucune branche, ni aucun théosophe pris individuellement, ne peut être considéré comme étant sans importance ni influence ; et de même, aucun membre, homme ou femme, n'est justifié à se croire trop obscur, trop peu avance pour n'être d'une quelconque utilité pour le mouvement, et par conséquent pour l'humanité dans son ensemble.
Le fait qu'une branche soit un groupement d'individus renforce cette certitude : grâce au lien subtil qui relie entre eux tous les hommes de cette planète, par l'effet de la loi d'unité, une branche peut exercer une influence plus vaste et plus puissante — pour le meilleur ou pour le pire — qu'un simple individu isolé. Car, de même que l'homme est composé d'atomes qui sont parvenus jusqu'à lui par diverses lignes d'hérédité depuis de nombreux ancêtres, qui tous participent à l'influence qu'il exerce, ainsi une branche est un être composé d'atomes — ses membres — qui sont inclus dans ses limites. Et il ne relève pas de la fantaisie ni du rêve de dire que cet être peut se révéler intelligent, puissant, faible ou méchant dans son ensemble, selon que telle ou telle qualité lui est imposée par ses éléments constitutifs. Et les décla¬rations faites par les Adeptes au sujet des théosophes considérés individuellement devraient également s'appliquer à un tel ensemble. Ces Etres ont indiqué que chaque membre pouvait aider le mouvement en expliquant ses doctrines fondamentales (ou au moins en éliminant les fausses conceptions à leur propos), et qu'aucun élément du tout ne devrait être ignorant au point de supposer qu'il, ou elle, avait un karma spécial propre, coupé de tout lien avec le reste. Car, selon Eux, pas un seul bon exemple de vie théosophique ne se perd : l'action de chacun de nous ne se limite pas à des effets sur les membres de l'entourage immédiat, mais projette aussi dans le grand courant universel, une influence qui a son poids dans la destinée de la race. Voici certaines de leurs paroles d'or :
« Que le fruit du bon karma ne soit pas votre motif ; car comme votre karma, bon ou mauvais, est un et propriété commune de toute l'Humanité, rien de bon ou de mauvais ne peut vous arriver sans qu'il soit partagé par beaucoup d'autres. C'est pourquoi votre motif, s'il est égoïste ne pourra produire qu'un double effet, bon et mau¬vais, et rendra votre bonne action nulle ou bien la détournera au profit d'un autre homme » (...) « Il n'y a pas de bonheur pour celui qui pense toujours au soi et oublie tous les autres sois » (1).
Cela peut s'appliquer entièrement à une branche dans sa totalité, car elle constitue un être intelligent, tout autant soumis à l'effet de karma que n'importe quel individu. Elle ressent toujours le karma de ses actions, et la respon¬sabilité repose sur les membres qui ont négligé les injonctions du devoir théosophique, ou y ont obéi. De même, le karma de l'ensemble de l'organisme international doit réagir sur elle, dans un sens bénéfique ou contraire, selon le karma bon, mauvais ou indifférent, que la branche a pu acquérir par sa ligne d'action. Elle fait partie du tout, et aucun de ses fragments ne peut être exempt des influences qui appartiennent à l'ensemble des travailleurs. Ainsi, une branche qui s'est montrée indifférente, égoïste ou pleine de doute ou de déloyauté envers les idéaux qu'elle s'était engagée à suivre, attirera de l'ensemble du karma théosophique international juste ce qu'il faut pour accentuer sa faiblesse et son doute ; et d'autre part, une branche qui a travaillé dur, avec altruisme et ardeur, attirera le bon aspect de toute la somme de karma, ce qui, ajouté au sien propre, lui permettra de résister aux mauvais effets et renforcera encore les éléments vitaux du corps organisé qui est le sien.
On peut figurer le bon ou le mauvais karma de la Société Théosophique dans son ensemble comme l'entourant, d'une extrémité du monde à l'autre, sous la forme de couches ou de sphères de lumière ou de ténèbres, la lumière représentant le bon karma, et les ténèbres le mauvais. Dans ces conditions, les unités — les branches — qui contiennent en elles-mêmes des éléments de lumière vont attirer de la sphère lumineuse autant de lumière qu'elles sont capables d'en retenir et les ténèbres vont affluer vers celles qui contiennent déjà des ténèbres. Ainsi nous sommes tous, théosophiquement parlant, des gardiens et des aides les uns pour les autres, non seulement aux Etats-Unis, mais en Angleterre, à Bombay, â Calcutta et â Madras. Si nous n'accomplissons pas notre devoir, il peut arriver qu'une branche qui se débat avec des difficultés quelque part, en un lieu distant, reçoive de nous, en raison de sa formation r6cente ou de sa faiblesse, non une aide mais un dommage. Chaque branche est séparément responsable de ses propres actions, et cependant chacune est aidée, ou lésée, par chacune des autres. Ces influences réciproques s'exercent sur le plan réel, bien qu'invisible, où tout homme est uni dynamiquement â chacun de ses semblables. Et je ne manque pas de charité en disant que si les branches indiennes avaient oeuvré davantage pour les lointains Etats-Unis, â un moment où la S.T. ne pouvait y subsister par ses propres moyens, nous serions aujourd'hui plus riches que nous ne le sommes, en potentiel d'explication, en nombre de travailleurs et autres moyens d'aide qui auraient pu venir de cette terre lointaine. Il est vrai aussi que si les premières branches américaines avaient oeuvré avec plus de zèle et d'énergie dans le sens des véritables buts de la Société, nous aurions été capables plus tôt d'aider et de soulager notre frère dévoué qui se sacrifie au travail, le Colonel H.S. Olcott. Aujourd'hui, les branches récentes de la Société dans ce pays jouissent d'une plus grande opportunité que d'autres dans le passé, car tout le combat a déjà été mené et beaucoup de travail est prêt â leur disposition.
Ainsi, la plus obscure des branches a dans le plan général une place aussi importante que celle qui est grande et bien connue, alors que celles qui sont paresseuses, envahies de doute ou égoïstes, devront payer un jour ou l'autre pour les actions qu'elles ont commises, ainsi que pour ce qu'elles ont omis de faire pour contribuer â la somme collective de bien.
Au vu de cela, on peut conclure qu'une branche considérée isolément a le pouvoir d'aider et soutenir efficacement non seulement ses membres mais aussi tout l'ensemble de la Société Théosophique. Pour mieux éclairer ce point, rappelons nous comment, à plus d'une reprise dans l'histoire du monde, une famille, ou même un homme, a pu représenter parfois, pour la nation ou la race, un pouvoir actif pour le meilleur ou pour le pire.
Conformément à cette doctrine d'unité et de désintéressement, tous les membres d'une branche devraient se joindre à son travail avec un esprit altruiste capable de les amener à être patients avec leurs frères plus faibles, car la force d'une chaîne n'excède pas celle du moins résistant de ses maillons ; par conséquent, il faudrait essayer d'apporter au mental des plus faibles les vérités que les autres voient avec moins de difficulté. Ensuite, s'il s'affranchit du désir d'obtenir la connaissance pour lui-même, chaque individu rendra la branche dans son ensemble d'autant plus ouverte et poreuse aux influences invisibles, mais réelles et puissantes, qu'envoient depuis les coulisses les grands personnages dont une part du travail dans le monde est constituée par le mouvement théosophique, et qui oeuvrent constamment parmi nous dans le but d'aider ceux qui sont sincères et altruistes. Si l'on en croit le témoignage de ceux qui font partie de la Société depuis longtemps, il y a chaque jour parmi nous, affirment-ils, de nombreux disciples (connus dans notre littérature sous le nom de « chélas ») qui sont engagés dans la tâche d'attiser la flamme de l'illumination spirituelle partout où ils la rencontrent parmi les membres. Leur influence n'est pas dispensée sur des critères de richesse ou de rang éminent, mais elle s'exerce sur tout individu, de n'importe quelle classe, qui s'est efforcé de comprendre la théosophie pour le bien d'autrui, en visant à pouvoir la communiquer aux autres à son tour. Non seulement ce fait a été attesté par les leaders du mouvement, mais, nombre d'entre nous ont constaté dans leur propre expérience que ceux qui sont ardents dans le service de leur semblable ont reçu de l'aide.
Et cela s'applique particulièrement et plus fortement à ceux des membres qui ont entre autres comme but l'acquisition de pouvoirs psychiques et anormaux. Si l'homme désire ces pouvoirs pour lui-même, il ne peut les trouver et les utiliser en toute sécurité ; et le simple fait d'affirmer dans son coeur, ou en paroles, qu'il les désire pour les autres ne sert à rien si le motif et l'objectif intérieurs et profonds ne coïncident pas avec la haute résolution qui est exprimée. Nouveaux et anciens, nos membres feraient aussi bien de se familiariser dès maintenant avec cette vérité nue et crue sur ce sujet, plutôt que d'attendre des années d'expérience amère pour qu'elle s'imprime profondément en eux. De tels pouvoirs existent, et l'homme peut les acquérir, mais chaque âge et chaque race a ses limites que l'individu moyen ne peut franchir. Il n'y a guère de membres désireux de ces pouvoirs qui, de leur propre aveu, seraient prêts, pour s'en rendre maîtres, à devenir des magiciens noirs, c'est-à-dire à sacrifier pour eux leurs chances d'émancipation. Cependant, sans altruisme, on ne peut les obtenir à moins d'être un magicien noir. Il faut délibérément se décider à sa ri fier toute autre chose et tout être à la poursuite de ce dessein, si on a l'intention de les acquérir sans suivre les règles établies par les Adeptes blancs, qui enseignent la vérité, la pureté, la charité et toutes les vertus — en fait, l'altruisme. Ce n'est pas un secret que eux voies — et eux seulement — s'ouvrent à celui qui aspire aux pouvoirs de l'adepte : ce sont celle de la main droite, de la vertu et de l'altruisme, et celle de la main gauche — le côté noir — de l'égoïsme intense et inflexible. Aucun compromis, aucun dilettantisme n'est autorisé, ni possible, et ce d'autant plus sur le sentier égoïste, car là, chacun a la main levée contre celle des autres ; personne ne viendra en aide à la moindre crise, et à l'heure où l'étudiant de cette école se trouvera mis en péril par les terribles forces invisibles de la nature, ses compagnons de route ne feront que ricaner de sa faiblesse et se réjouir de sa chute. En fait, très mince est la ligne de démarcation entre ces deux voies, pour les étudiants du degré auquel appartiennent la plupart des membres de notre Société. Elle est comme la limite de l'épaisseur d'un cheveu qui sépare le vrai du faux, selon a parole du mystique musulman. Il faut être très attentif pour découvrir si son motif est vraiment aussi altruiste qu'on le prétend. Mais on peut tou¬jours le tester par la réalité du sentiment de fraternité que l'on a en soi. Une simple aspiration intellectuelle à connaître et à découvrir plus dans ce domaine est égoïste et appartient à la qualité noire, car à moins que tout désir de connaître la vérité ne soit nourri dans le but de pouvoir la donner aux autres, il est plein d'impureté. De plus, il ne conduira pas aux pouvoirs, ni a la vraie connaissance, car le succès dans les deux voies dépend de l'embrasement du désir dans le coeur. Avec l'école blanche, ce désir brûle pour les autres ; dans la voie du côté noir, le même désir ardent est tourné vers soi uniquement.
Nombreux, cependant, sont ceux qui pensent qu'ils peuvent appartenir à la Société, et que, tout en étant égoïstes d'une manière négative, c'est-à-dire disposés de bon gré à s'asseoir pour écouter les autres exposer la doctrine théosophique, sans jamais travailler eux-mêmes pour l'ensemble, ils auront la chance de profiter de cette attitude dans le sens d'une compréhension des doctrines concernant l'homme et la nature qui sont répandues parmi nous. Mais ils oublient une loi de grande importance qui opère dans ces domaines, en fait, une loi dont ils ne sont peut-être pas prêts à admettre l'existence et qui est fort opposée à nos idées modernes sur les pouvoirs et les fonctions du mental humain. Il s'agit de ceci : une telle attitude, en raison de son égoïsme, élève un mur résistant entre leur mental et les vérités mêmes qu'ils désirent connaître. Je parle d'un effet dynamique véritable qui est aussi évident à l'œil du voyant entraîné que tout objet pour un oeil sain.
Nous sommes habitués, depuis tant d'années, à des idées vagues sur le mental humain, sur ce qu'il est et ce que sont vraiment ses pouvoirs, que les gens en général n'ont aucune idée claire sur la question de savoir si oui ou non les pensées produisent un effet matériel sur l'organisme humain, ou si elles sont semblables à ce qu'on appelle communément « l'imagination » — un quelque chose de très irréel et d'entièrement dénué d'objectivité. Mais c'est un fait que le mental de la personne égoïste n'arrête pas de construire autour de lui-même une surface dure et réfléchissante qui renvoie hors de sa portée la connaissance même que l'homme, quant à lui, saisirait bien si seulement il savait la raison pour laquelle il n'y parvient pas.
Ceci nous conduit naturellement â la proposition suivante : l'objectif des membres d'une branche devrait être de déraciner l'égoïsme, et de répandre et illustrer la doctrine de la fraternité universelle, en appuyant leurs explications sur l'unité réelle de tous les êtres. D'elle-même, cette doctrine amènera à en expliquer de nombreuses autres, étant donné qu'elle les sous-tend toutes, petites et grandes. Et, pour ce faire, les membres devraient étudier le système comme un tout, afin de pouvoir y englober toutes ses parties. C'est parce qu'une telle étude fait défaut que l'on entend si souvent des membres répondre, lorsqu'on leur demande d'expliquer leur théosophie : « Eh bien, à vrai dire, je sais bien ce dont il s'agit, mais je ne suis pas capable de vous l'expliquer clairement. » Ils manquent de clarté parce qu'ils n'ont pas pris le temps, ni le soin d'apprendre les quelques propositions fondamentales et la manière de les appliquer à toute question, quelle qu'elle soit.
Une erreur très courante consiste à supposer que l'on peut convertir â la théosophie et amener dans son sein des nouveaux venus, des personnes nouvelles qui cherchent à s'informer, en se tournant vers les phénomènes et en insistant sur leur importance. Dans le terme « phénomènes », j'inclus toute manifestation telle que spiritisme, clairvoyance, clairaudience, psychométrie, hypnotisme, mesmérisme, lecture de pensée, etc. Ces membres ne convertissent que peu de gens, s'ils le font, parce qu'il n'y a pas grand-chose de connu au sujet de ces phénomènes et qu'il faut administrer tellement de preuves avant de faire naître une croyance. Et m&me une croyance en ces choses n'apporte aucune base saine d'une nature théosophique. On trouve de cela une parfaite illustration dans l'histoire de H.P. Blavatsky qui, pendant de nombreuses années, a permis que des phénomènes se produisent en sa présence pour le bénéfice de cer¬taines personnes bien précises. Ces phénomènes ont été commentés par le monde entier, et la Société Psychique a cru bon d'envoyer un homme pour faire une investigation à leur sujet, postérieurement à leur manifestation, mais quoique les personnes mêmes qui les avaient vus se produire aient témoigné de leur authenticité, ils ont été niés par cet enquêteur et tous mis sur le compte de la supercherie et d'une entente entre compères. Tous ceux qui dès le début étaient enclins à croire à leur réalité ont continué de le faire, et ceux qui n'y avaient jamais cru sont restés sur la même position qu'auparavant.
Les phénomènes les mieux attestés prêtent toujours au doute tant que la philosophie sur laquelle ils reposent n'est pas comprise.
De plus, la grande masse des hommes et femmes de ce monde ne se préoccupent pas des phéno-mènes. A leur avis, on peut les laisser de côté pour l'instant, parce que des choses plus urgen¬tes mobilisent l'attention et appellent des solutions. Les grands problèmes de la vie nous harcèlent : pourquoi sommes-nous ici, pourquoi souffrons-nous, où peut-on trouver la justice qui démontrera pourquoi doit souffrir l'homme bon, ou même, en fait, n'importe qui ? Car tout homme pense que le destin le malmène injustement lorsque s'effondrent les projets qu'il avait nourris, que sa famille est emportée par la mort, que son nom est déshonoré par un rejeton irrespectueux des bonnes traditions, ou encore que — ce qui est très souvent le cas — il est injustement accusé et blessé par ses semblables. Nombreux sont ceux qui se trouvent naître pau¬vres quand d'autres moins méritants sont riches ; et ils demandent pourquoi il en est ainsi de tout, sans recevoir la moindre réponse des systèmes religieux courants d'aujourd'hui. C'est la vie et ses douleurs qui détruisent notre paix, et tout cœur humain veut en connaître la raison.
Nous devons, par conséquent, offrir des théories qui fourniront la réponse, et ces théories sont les grandes doctrines de karma et de la réincarnation : elles font voir la justice triomphante dans le monde, distribuant récompense ou châtiment suivant ce qui est mérité dans tous les états de la vie. Après quinze années d'expérience dans le travail de la Société, j'ai observé que plus d'hommes et de femmes bons et utiles ont été attirés â notre mouvement par ces doctrines qu'il n'en lui est jamais venu â cause des phénomènes, et que nom¬breux sont ceux qui ont quitté nos rangs après avoir commencé par le côté des phénomènes. Les membres en général ne sont peut-être pas conscients du fait que, lorsque la Société fut formée, la majorité de ses affiliés à New York étaient des spirites, et que presque tous nous ont quittés depuis longtemps.
Il y a un pouvoir mystérieux dans ces doctrines de karma et de la réincarnation qui les impose finalement â la croyance de ceux qui se mettent â les étudier. Cela est dû au fait que l'ego est lui-même celui qui fait l'expérience de la renaissance et de karma, et qu'il possède en lui un clair souvenir des deux : il se réjouit, pour ainsi dire, lorsqu'il constate que le mental inférieur se met â les étudier. Chaque personne est la concentration et le résultat de karma, et elle est poussée de l'intérieur â croire. L'éthique de la Théosophie, telle qu'elle est imposée et éclairée par ces doctrines jumelles, devrait par conséquent constituer l'objet de notre recherche et de nos efforts de diffusion.
De plus, cette ligne d'action est ratifiée, pour ceux qui croient en les Adeptes, par les mots qu'ils ont écrits â notre sujet. Je cite : « C'est le désir insatiable de phénomènes, si souvent rendus dégradants, qui vous a causé tant d'ennuis. Que la Société prospère donc en s'appuyant sur sa valeur morale, et sur l'étude et la mise en pratique de la philosophie et de l'éthique. »
La question suivante est de savoir comment mettre tout cela en pratique.
Premièrement, en ouvrant la branche au public, et en ne lui donnant jamais un caractère privé.
Deuxièmement, par une présence assidue, et des réunions régulières.
Troisièmement, en créant une bibliothèque, avec, au début, les quelques livres importants : ce minimum peut ensuite être complété par les membres, de temps en temps, par le don de livres qu'ils auront lus.
Quatrièmement, en ayant toujours un article, original ou non, prêt pour la lecture et la discussion. Si aucun talent littéraire n'est disponible, on peut y remédier en puisant dans la grande quantité d'articles qui ont été publiés dans les revues de la Société au cours de ces quinze dernières années. Presque tous les sujets d'intérêt théosophique y ont été traités et expliqués. On peut les rechercher sans grande difficulté et les utiliser à toutes les réunions. Et on peut mener leur étude selon un programme défini, de façon à couvrir chaque sujet dans sa totalité. On s'apercevra que presque toutes les questions qui préoccupent maintenant les nouveaux membres ont déjà été illustrées et expliquées à un moment ou un autre dans ces articles.
Cinquièmement, par une étude élémentaire attentive de nos doctrines, â partir d'un ou deux livres, jusqu'à ce que les grandes lignes de l'ensemble soient saisies. Prenez, par exemple, le Bouddhisme ésotérique (2). Il expose le système dans sa généralité, et bien des gens l'ont lu, mais beaucoup n'en ont fait qu'une seule lecture. Ces personnes-là se posent souvent des questions qu'elles pourraient facilement résoudre si elles avaient intégré à leur bagage mental le système dans son ensemble. Ce livre peut être corrigé à l'aide de la Doctrine Secrète, dans laquelle Mme Blavatsky déclare que le Bouddhisme ésotérique est correct dans ses grandes lignes, tout en donnant les moyens de remédier à ses déficiences. Et puis, il y a cet ouvrage des plus utiles, Five Years of Theosophy (Cinq années de Théosophie), contenant certains des articles les plus précieux qui aient paru dans les colonnes du Theosophist.
Sixièmement, par une méthode de discussion qui ne permette à aucune personne de la branche d'imposer ses vues comme étant les idées correctes. Nous ne pouvons accéder à la vérité par des affirmations tranchées, mais seulement par une calme considération des points de vue présentés, et la personne qui donne ses avis avec autorité est presque toujours proche de l'erreur. Je sais que cette position est contraire à celle de l'indépendance américaine,qui nous amène constamment à nous affirmer avec autorité. La véritable philosophie réduit cette tendance à zéro et enseigne que c'est seulement par la coopération des chercheurs que l'on peut arriver à la vérité. Et l'occultisme plus profond indique que celui qui s'affirme avec autorité se prive à jamais de la vérité. Aucun mental ne possède toute la connaissance possible, et chacun, par nature, n'est capable de voir que le côté particulier qui s'offre à lui facilement, en raison de son hérédité raciale et des tendances surajoutées par son éducation.
Septièmement, en nous souvenant que nous ne pouvons pas modifier d'un coup les tendances inhérentes des atomes de notre cerveau, ni nous changer en un éclair. Nous sommes insensiblement affectés par notre éducation, par les idées de notre jeunesse, par la pensée, quelle qu'elle ait pu être, que nous avions avant d'aborder la Théosophie. Il nous faut être patients, non pas avec le système théosophique mais avec nous-mêmes, et accepter d'attendre que se produise graduellement sur nous l'effet des idées nouvelles.
L'adoption de ces idées est en fait une nou¬velle incarnation mentale, et nous devons, tout comme dans le cas d'un nouveau manvantara, évoluer à partir de l'ancien état et progressivement déraciner avec soin les anciennes tendances. Il est enseigné dans la Doctrine Secrète que la lune est le parent de la terre et qu'elle nous a donné tous les matériaux que nous remettons en chantier dans notre monde. C'est la même chose dans le cas considéré. Notre ancien état mental constitue notre lune mentale : il nous a donné certains matériaux que nous devons remettre sur le métier ; si nous ne le faisons pas nous essayons d'aller à l'encontre d'une loi de la nature, et nous sommes voués à l'échec.
Certains demanderont peut-être s'il n'existe pas quelque genre d'étude qui nous permettrait de faire table rase (3) de ces anciens modes de pensée erronés. A ceux-ci je ne peux qu'indiquer l'expérience de beaucoup de mes amis dans ce sens. Soutenus en cela par la plus haute autorité, ils disent que l'unique processus consiste à approfondir et essayer de comprendre la loi d'unité spirituelle et le fait que nul être n'est séparé des autres, mais que tous sont un sur le plan de l'esprit, et que pas une seule personne ne possède en propre un esprit particulier, mais que l'atman, qu'on appelle le « septième principe », est, en fait, la synthèse du tout et la propriété commune de tous les êtres, supérieurs et inférieurs, humains, animaux, animés, inanimés ou divins. C'est ce qu'enseigne la Mundaka Upanishad des Hindous, et le titre même de « Mundaka » renvoie à l'idée de « raser », parce qu'elle « rase » les erreurs qui barrent la voie vers la vérité, en permettant alors à la lampe brillante de la connaissance spirituelle d'illuminer notre nature intérieure.
Et pour ceux qui désirent trouver l'éthique et la philosophie les plus élevées condensées en un seul livre, je recommanderais la Bhagavad-Gîtâ, étudiée à l'aide de conférences comme celles de notre frère hindou - maintenant décédé — Subba Row, de Madras (4). Elles ont été repu¬bliées du Theosophist et chacun peut se les procurer. Dans la Doctrine Secrète, Mme Blavatsky déclare : « On peut trouver (dans ces conférences) la meilleure définition métaphysique de la théogonie primordiale selon l'esprit vedantin ».
Dans la conclusion de la Clef de la Théosophie, H.P. Blavatsky écrit, au sujet de l'avenir de la Société Théosophique :

« Son avenir dépendra presque entièrement du degré de désintéressement, de sincérité, de dévouement et finalement — ce qui n'est pas le moins important — de la mesure de connaissance et de sagesse que posséderont ceux de nos membres auxquels il incombera de continuer le travail et de guider la Société après la mort de ses Fondateurs. » (....) s'ils ne sont pas capables de s'affranchir du conditionnement de l'éducation théologique (...) on ne peut s'attendre qu'à voir la Société partir à la dérive, pour aller s'échouer sur quelque banc de sable de la pensée et y demeurer comme une épave immobilisée pour toujours et condamnée à se désagréger et mourir. (...) Mais si l'on réussit à éviter ce danger (...) la Société continuera et subsistera à travers le XXe siècle (...) Elle brisera (...) les entraves de fer des crédos et des castes. (...) L'Occident apprendra à comprendre et à estimer l'Orient à sa juste valeur (...) Le développement des pouvoirs psychiques (...) s'accomplira d'une manière saine et normale et l'humanité sera sauvée des terribles dangers, à la fois mentaux et corporels qui sont inévitables quand ce développement a lieu — comme il risque de le faire en ce moment — dans un climat où se déchaînent l'égoïsme et (...) la passion.
Vers la fin de chaque siècle (...) une ou plusieurs personnes se révèlent dans le monde comme Agents des Maîtres, et on voit se répandre sur une échelle plus ou moins grande (...) une connaissance occulte. »

Elle conclut en affirmant que la S.T. actuelle constitue l'une de ces tentatives faites pour aider le monde, et que le devoir de chacun des membres est indiqué sans équivoque : il s'agit pour eux de préserver cet organisme, avec sa littérature et les plans originels, de façon à le transmettre à nos successeurs qui devront le tenir prêt lors du dernier quart du siècle suivant, pour le messager des Maîtres qui alors réapparaîtra, comme maintenant. Echec ou succès dans ce devoir, les conséquences en sont clairement prévisibles. Si nous réussissons, alors, au vingtième siècle, ce messager — homme ou femme — trouvera les matériaux disponibles, dans les livres, dans la pensée, et le vocabulaire familier, pour lui permettre de poursuivre la grande entreprise jusqu'à un autre stade, sans l'opposition farouche et les obstacles terribles qui nous ont mis au défi pendant les quinze dernières années qui viennent juste de s'achever. Si nous échouons, alors le messager gaspillera de nouveau beaucoup de précieuses années à re-préparer le terrain et c'est à nous qu'en incombera la responsabilité.
William Q. Judge
Notes :
(1) : Ces paroles sont citées par H.P. Blavatsky dans les Cinq Messages (pp.36-7), éd. Textes Théosophiques, Paris. (N.d.T.).
(2) : Ouvrage publié en 1883 par A, P. Sinnett sur la base d'une correspondance échangée avec les Maîtres de Mme Blavatsky. (N.d.T.).
(3) W.Q. Judge emploie le verbe to shave off : « faire place nette avec un rasoir » - ce qui annonce la fin du paragraphe. (N.d.T.).
(4) Revue The Theosophist, février, mars, juin, 1887.
Remarque : La présent article « Theosophical Study and Work », fût publié en anglais par W.Q. Judge dans la revue Aryan Branch Paper de novembre 1890. (N.d.T.) – Cahier Théosophique n°148 - © Textes Théosophiques.

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Les Adeptes- Quelques objections et leurs réponses

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Dans cet article, je propose de donner un résumé de quelques objections faites à la théorie de l'existence des Adeptes, et les réponses qui peuvent y être apportées. Les objections varient quant au fond, mais s'appliquent aussi bien aux noms de Maîtres et de Mahatmas qu'à d'autres appellations.

LE NOM DE « MAITRES » EST SUSCEPTIBLE D'OBJECTIONS parce qu'il serait contraire à l'esprit républicain ou démocrate, et à l'individualisme.

Mais Maître vient de magister, qui signifie un instructeur, celui qui expose et applique la loi ; d'où le terme de magistrat. Tout le monde, en réalité, a un maître, que ce soit sur le plan physique, mental, ou moral. Cette objection est la preuve du vieux mépris insensé de l'Amérique pour les lois du gouvernement, et d'un désengagement de depuis longtemps vis-à-vis de ce dernier.

CELUI QUI SOULEVE CETTE OBJECTION N'A JAMAIS VU UN ADEPTE.

Ceci s'applique également, et avec plus de force, à l'existence de Napoléon ou à tout autre personnage qu'on n'a jamais vu. Car il n'y eut qu'un Napoléon, tandis qu'il y a eu et qu'il existe de nombreux Adeptes. Tous les anciens racontent des histoires d'Adeptes ; les hindous de nos jours font de même ; de nombreux écrivains du Moyen Âge et les traditions de la même époque en parlent comme des faits acceptés ; les traditions de tous les pays moins récents que l'Amérique donnent des témoignages semblables ; les Chinois, les Tibétains, les Birmans et d'autres peuples d'Orient parlent de tels personnages, tandis que la littérature chinoise, bouddhiste et hindoue abonde en témoignages. Par conséquent, il existe une masse de témoignages humains soutenant la doctrine, bien plus nombreux que ceux qui disent que Bonaparte régna un jour sur l'Europe. Enfin, plusieurs Européens et Américains, connus, membres de la Société Théosophique, affirment sur la base de leur propre connaissance, que les Adeptes existent.

LE CRITIQUE MODERNE DIT : Premièrement, ces Adeptes, s'ils sont des hommes, pourquoi ne se montrent-ils pas pour satisfaire la curiosité ? Cette question vient d'une personne dont l'état d'esprit est le même que celui qui crée un journal à sensations, vulgaire et indiscret, pour répandre devant le public, les détails de la vie privée de chacun, sous le prétexte que c'est une demande du public. Deuxièmement, pourquoi, s'ils ont de grands pouvoirs, ne viennent-ils pas exterminer le mal ? Les Adeptes ont répondu qu'il n'existe pas de pouvoir capable de détruire le mal qu'un homme a commis, autre que les efforts que fait cet homme, lui-même, pour se purifier. Troisièmement, pourquoi ne paraissent-ils pas pour mettre fin aux abus ? Quatrièmement, pourquoi ne multiplient-t-ils pas la nourriture en temps de famine ?
Les réponses à ces questions peuvent se classer ainsi :

a) La nature de l'humanité actuelle est le produit de l'évolution ; et seule une évolution, conduite d'une façon bien ordonnée, peut la transformer par le perfectionnement, le raffinement et la purification.
b) Il est vain que les nations occidentales demandent aux Adeptes de multiplier la nourriture, quand chacun sait qu'il y a toujours assez de nourriture disponible pour nourrir tous les affamés, parce qu'il y en a qui est soit non utilisée, soit qui est soustraite par des hommes cupides.
c) Ainsi, si la nourriture était multipliée en Occident, ceux qui le feraient seraient emprisonnés et considérés comme des criminels. Inévitablement, on dirait que la nourriture a été volée, ou on les accuserait de contrevenir aux règles du commerce. À Berlin, en 1892, le peuple affamé prit du pain dans les boutiques et fut condamné pour vol. La morale et la conclusion se retournent visiblement contre l'auteur de l'objection.
d) Nul ne peut nier le fait qu'il soit arrivé que des Adeptes aient multiplié la nourriture en périodes de famine en terre orientale, là où cet acte ne risque pas d'être condamné et de faire l'objet de persécution.
e) Bien que les Adeptes aient de grands pouvoirs, ils nient posséder le pouvoir de changer la nature humaine autrement que par le processus d'évolution et toujours en strict accord avec la loi immuable de justice [karma].
f) Les Adeptes ne se montrent pas en public et ne se déclarent pas au monde, pour les raisons exposées dans les réponses ci-dessus, et parce que le cycle doit poursuivre son cours. S'ils se faisaient connaître maintenant, le résultat produit serait mauvais ; exactement comme une note juste, en elle-même, produit un son discordant si elle est frappée, à un moment ou à l'endroit qui ne convient pas. Cette raison découle de la connaissance de la loi des cycles.

QUE FONT ALORS LES ADEPTES ? Il n'est pas possible d'énoncer tout ce qu'ils font. Mais on peut dire :

a) Qu'Ils aident, en arrière scène, les hommes de tous les mouvements méritoires, en influençant leur mental.
b) Qu'Ils préparent tous les hommes et les femmes qui en sont capables, à pouvoir revenir dans leur prochaine incarnation terrestre comme des serviteurs activement dévoués au bien de la Famille Humaine.
c) Que, grâce à des impulsions données en de nombreux endroits, qui ne peuvent être mentionnés, Ils répandent maintenant une philosophie de la vie qui affectera progressivement le mental de l'humanité, et en particulier celui des peuples occidentaux actifs et conquérant. Ainsi, Ils préparent tous les hommes à se transformer et à évoluer de plus en plus jusqu'au moment où le mal aura disparu, et où des jours et des gens meilleurs pourront réapparaître.

William Brehon (alias William Q. Judge) - [Article publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le Path de janvier 1893]

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Le cycle qui s'achève

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[Cet article fut publié en anglais pour la première fois par W.Q. Judge dans l'Irish Theosophist de Janvier 1895 – Cahier Théosophique n°91 – © Textes Théosophiques, Paris]

Dans le numéro de Novembre, Sinnett parle du « Cycle qui s'achève » et recommande aux membres, à juste titre, de ne pas pousser l'absurdité (ce mot est de moi) jusqu'à penser qu'après 1897 « quelque mystérieux éteignoir s'abattra sur nous ».
Quelle est la personne qui déclara ouvertement que 1897 serait la fin d'un cycle où quelque chose se produirait ? Ce fut H.P. Blavatsky. Cela ne fait pas le moindre doute qu'elle fit une telle déclaration et qu'elle l'a pleinement expliquée à plusieurs personnes, pas plus qu'on ne peut douter de ce qu'elle disait dès 1875 à savoir que l'année 1897 verrait une porte se fermer. Quelle porte ? Une porte menant où ? Qu'est-ce qui devait se terminer ou doit se terminer ? La S.T. arrive-t-elle à sa fin et doit-elle fermer tous ses livres ?
Il est tout à fait certain que H.P. Blavastky affirma, sur l'autorité directe des Maîtres, que durant les vingt-cinq dernières années de chaque siècle la Loge et ses agents font un effort en Occident et qu'il cesse dans sa forme et son influence publiques et directes avec la vingt-cinquième année. Ceux qui ont confiance en elle croiront, ceux qui pensent en savoir davantage qu'elle inventeront d'autres idées au gré de leur fantaisie.
Elle expliqua, comme l'expliqueront tous ceux (et ils sont nombreux) qui reçoivent leur enseignement des mêmes Maîtres, que si l'effort public devait se poursuivre plus longtemps, il se produirait une réaction semblable à une indigestion. Il faut que l'assimilation ait le temps de se faire, sans quoi « l'ombre profonde qui fait suite à toute innovation » étoufferait l'âme de l'homme. Le grand public, la masse, doit avoir le temps d'assimiler et aussi matière à assimiler. Le temps est toujours. La matière a été fournie par les Maîtres, dans le travail accompli par H.P. Blavatsky, dans ses livres et dans l'œuvre qui en est résultée. Elle a dit, les Maîtres ont dit et je déclare encore pour le bien de ceux qui ont la moindre confiance en moi que les Maîtres m'ont dit qu'Ils l'ont aidée à écrire la Doctrine Secrète afin qu'au cours des soixante-quinze et quelques années qui suivent, le monde ait une base de travail, ajoutant que dans les années à venir on étudierait largement ce livre et ses théories. Nous devons donc travailler sur la matière reçue et l'assimiler pour le bien de tous. Aucun éteignoir ne s'abattra donc sur nous. La S.T., dans son ensemble, ne jouira pas de la vigilance incessante des Maîtres, pour tous les détails, mais doit arriver à maturité avec ce qu'elle a et avec l'aide à venir des quelques rares « élus ». H.P. Bla¬vatsky a clairement souligné dans la conclusion de la Clef [de la Théosophie] que le plan est de garder la S.T. vivante en tant que corps actif, libre, non sectaire pendant toute la période d'attente du nouveau grand messager, qui sera elle-même indiscutablement. Ainsi lui sera fourni l'instrument le plus adéquat lui permettant de reprendre le travail sur une plus grande échelle et sans la redoutable opposition à laquelle elle se heurta au dehors, comme au dedans, lorsqu'elle l'entreprit cette fois-ci. Et tout ce temps que durera l'attente, le Maître, « ce Grand Initié dont la seule volonté soutient le mouvement tout entier » aura sa main puissante largement étendue derrière la Société.
Jusqu'en 1897 la porte est ouverte à quiconque a le courage, la, force et la vertu d'ESSAYER, de façon à pouvoir entrer et établir une communication avec la Loge, communication qui ne cessera nullement lorsque le cycle s'achèvera. Mais quand l'heure sonnera la porte se fermera et ni vos supplications ni vos pleurs ne vous l'ouvriront. Ceux qui auront établi le lien auront leur porte ouverte, mais la porte du public en général sera close. Tel est la véritable interprétation de 1'« éteignoir » donnée par H. P. Blavatsky et le Maître. Elle est très facile à comprendre.
« Beaucoup sont appelés mais peu sont élus » parce qu'ils ne l'ont pas permis. Les non-élus sont ceux qui ont travaillé pour eux seuls ; ceux qui ont cherché la connaissance pour eux-mêmes sans se soucier du reste ; ceux qui n'ont pas utilisé comme ils le pouvaient le temps, l'argent, et la capacité d'aider efficacement la cause des Maîtres depuis longtemps définie par eux comme étant le travail pour l'humanité et non pour soi. Hélas, parmi les non-élus et les non-remarqués, quelques-uns sont arrivés très près du seuil mais se sont trop longtemps attardés à dépister les échecs et les fautes qu'ils flairaient chez un frère pèlerin et ; de ce fait ont régressé de plus en plus, en dressant, au fur et à mesure, des barrières derrière eux. Ils avaient été appelés et presque élus ; le premier pâle tracé de leurs noms commençait à s'inscrire dans le livre de ce siècle, mais tandis qu'ils reculaient, se croyant vraiment en deçà de la porte, les contours de leurs noms s'effaçaient et d'autres noms jaillissaient étincelants. Ces autres noms sont ceux d'humbles personnes, ici et là, que ces fiers aristocrates de l'occu1te estimaient indignes d'une minute d'attention.
Il me semble qu'il y a une faute d'impression ou une erreur involontaire de la part de Sinnett dans son article p. 26 où il dit : « sera la connaissance généralement diffusée parmi les classes cultivées ». Les mots ont été mis en italique par moi. On ne pouvait commettre plus grande erreur à mon avis. Pour les Maîtres-constructeurs de la Loge, les classes cultivées sont sans aucune valeur dans leur ensemble. Elles sont bonnes là où elles sont, mais elles représentent « l'ordre établi » et le summum de l'égoïsme. Remplacez classes cultivées par masses et vous approcherez de la vérité. Les masses ignorantes et non les masses cultivées ont gardé vivace la croyance dans l'occulte et le psychique qui, une fois de plus, est ravivée comme la flamme. Si nous nous étions fiés aux gens cultivés la faible braise se serait depuis longtemps éteinte. Nous pouvons, avec insistance, arriver à toucher les gens cultivés, mais ils ne témoigneront qu'un faible intérêt sans enthousiasme.
Nous voici déjà dans les obscurs débuts d'une ère nouvelle. C'est l'ère de l'Occultisme Occidental où sont exposées et présentées de façon particulière et définie les théories jusqu'ici examinées d'une façon générale. Nous devons agir comme disait Bouddha à ses disciples : prêchez, promulguez, exposez, illustrez clairement dans le détail les grandes choses que nous avons apprises. C'est là notre travail et non de révéler des choses surprenantes sur la clairvoyance et autres sujets astraux, pas plus que d'étourdir les hommes de science par des découvertes irréalisables par eux, mais aisées pour l'occultiste. Le plan du Maître n'a pas changé. Il l'a exposé il y a longtemps. C'est de rendre le monde en général meilleur, de préparer un terrain convenable pour le développement des pouvoirs de l'âme qui sont dangereux s'ils éclosent dans notre sol égoïste actuel. Ce n'est pas la Loge Noire qui freine le développement psychique ; c'est la Loge Blanche. La Loge Noire voudrait bien voir pleinement fleurir tous les pouvoirs psychiques maintenant, parce que dans notre monde méchant, borné, hypocrite, avide d'argent, elle aurait bientôt anéanti la race. Cette idée peut sembler étrange, mais pour ceux qui veulent me croire sur parole je dis : c'est ce que disent les Maîtres.

W. Q. Judge

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A propos des cycles

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[Article de W. Q. Judge – Cahier Théosophique n°144 – © Textes Théosophiques, Paris]

Q. — J'ai entendu et lu beaucoup de choses au sujet des cycles et de leurs changements. Je crois à la loi des cycles, et aux grands et petits cycles, bien que je ne les connaisse pas. Mais sont-ils définis dans leurs limites, ou vagues et imprécis ?

R. — Beaucoup de ce qui a été dit sur le sujet est vague à l'exception de ce qui concerne le nombre d'années compris dans certains cycles. Le cycle lunaire et certains autres sont connus, mais il est bon d'éclairer certaines des obscurités. Bien des gens imaginent qu'un cycle donné commence, disons aujourd'hui, alors qu'un autre vient juste de se terminer. Mais cette vue n'est pas correcte, car les cycles s'interpénètrent, et, avant que l'un ne se soit vraiment achevé, l'autre a déjà commencé. La meilleure façon de le comprendre est de dessiner deux cercles en intersection, de la façon suivante :

 cycles-ct144

Le cycle n° 1 se termine à l'intérieur du n° 2. Si on appelle B le point où commence le n° 2 on voit qu'il a son début pendant que le n° 1 se termine. Le véritable point correspondant à la fin de l'un et au commencement de l'autre se trouve probablement sur une droite verticale reliant les deux points d'intersection des cercles ; on peut alors appeler aube et crépuscule les espaces délimités de part et d'autre de cette droite.
Il y a aussi certains cycles importants qui commencent et finissent entièrement à l'intérieur des limites de cycles plus grands et, en fait, ce sont ces cycles plus petits que nous remarquons le plus, car ils sont ressentis plus rapidement. Tout ceci a trait aux cycles physiques ; il en existe d'autres, d'une nature plus élevée et plus spirituelle, très difficiles à repérer et à comprendre. On peut toutefois s'en faire une idée, jusqu'à un certain point, en observant un homme accomplir pendant plusieurs années une tâche qui, en soi, n'est pas particulièrement élevante : il arrive qu'à la fin de cette période son attitude mentale se soit métamorphosée au point de modifier toute la vie et le développement de l'individu. Dans ce cas, la tâche accomplie représentait un cycle d'avilissement ou d'expiation, mais, en même temps, un autre cycle, d'un caractère plus élevé, se déroulait dans la nature mentale et morale de l'homme, tout à fait à l'insu des autres, et peut-être aussi de lui-même. Il existe également des grands cycles cosmiques qui se déroulent lentement, de notre point de vue, parce qu'ils couvrent des périodes prodigieusement longues, mais néanmoins ils affectent puissamment l'humanité et les étudiants ne peuvent se les imaginer que faiblement.
L'ancienne civilisation égyptienne illustre le pouvoir de l'un de ces grands cycles qui s'est achevé depuis longtemps. Cette brillante civilisation a fleuri pendant une vaste période sans que sa gloire semble décroître, mais progressivement le changement se fit sentir. Nous pouvons imaginer les efforts effrénés et désespérés qu'ont dû faire ses sages pour enrayer cette décadence. Mais ils se révélèrent impuissants et l'Égypte sombra petit à petit pour atteindre le niveau où nous la voyons encore briller, grâce aux témoignages de son passé découverts jusqu'à présent, alors qu'elle était déjà sur son déclin ; et, finalement, tout ce qu'il en' reste se limite à des amoncellements de sable, et des Coptes ignorants et dégénérés.
Mais l'influence de ce puissant cycle s'est simplement déplacée vers d'autres sphères et, lorsque la Terre rencontrera à nouveau la même impulsion, l'ancienne civilisation ressurgira, la force de jadis revivra dans un corps meilleur.
Pour moi, les lois cycliques sont pleines d'espérance et suprêmement justes.

W.Q. Judge

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