Lundi 23 Octobre 2017

Mis à jour le Lun. 23 Oct. 2017 à 09:43

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Les animaux ont-ils une âme ? - Chapitre I - Page 4

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Les animaux ont-ils une âme ?
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Cette affirmation ne manquera pas de surprendre tous ces braves gens qui, même s'ils sont pleins d'affection pour leur chat ou leur chien, restent trop attachés aux enseignements de leurs Églises respectives pour pouvoir admettre jamais une telle hérésie. À coup sûr, ils vont s'exclamer : « L'âme irrationnelle d'un chien ou d'une grenouille serait divine et immortelle comme la nôtre ? » Eh bien ! Oui. Et ce n'est pas l'humble auteur de cet article qui le dit mais rien moins qu'une autorité reconnue par tout bon chrétien : celle du roi des prédicateurs : st. Paul. Ceux qui s'opposent ici à nous et refusent avec tant d'indignation d'écouter les arguments de la science moderne, ou de la science ésotérique, prêteront peut-être une oreille plus bienveillante à ce que leur propre saint et apôtre a à dire sur le sujet, en suivant en outre l'interprétation véritable de ses paroles, qui n'est due ni à un théosophe, ni à l'un de ses adversaires mais à un homme qui égalait tout autre chrétien en bonté et en piété : Jean Chrysostome, un saint lui aussi, qui donna des explications et commentaires sur les Épîtres de Paul, et fut tenu dans la plus haute estime par les devins des Églises catholique romaine et protestante. Les chrétiens ont toujours constaté que la science expérimentale ne se rangeait pas à leurs côtés ; ils pourraient bien être encore plus désagréablement surpris en découvrant qu'aucun hindou ne pourrait plaider avec plus de sincérité pour la vie animale que ne l'a fait st. Paul en s'adressant aux Romains. En fait, les hindous demandent miséricorde pour l'animal privé de parole en s'appuyant seulement sur la doctrine de la transmigration et, par suite, sur l'identité du principe ou de l'élément qui anime l'homme comme la bête. St. Paul va plus loin. Il montre (Rom., 8, 21) que l'animal vit dans l'espérance, et l'attente de la même délivrance « de la servitude de la corruption » que tout bon chrétien. Les expressions précises employées par le grand apôtre et philosophe seront citées plus loin dans le présent Essai, et leur véritable sens mis en lumière.

Le fait que tant d'interprètes ― Pères de l'Église et théologiens scolastiques ― se soient évertués à ne pas voir le vrai sens des mots de st. Paul ne témoigne pas contre sa signification intérieure mais plutôt contre l'impartialité de ces théologiens dont l'inconséquence sera mise en lumière dans ce cas particulier. Mais il y a des gens pour soutenir jusqu'au bout leurs propositions, aussi erronées soient-elles.

D'autres, reconnaissant leur première erreur, feront amende honorable (5) vis à vis du pauvre animal, comme on le voit avec Cornelius a Lapide. En spéculant sur le rôle assigné par la nature à la création des bêtes dans le grand drame de la vie, il déclare :

« Toutes les créatures ont pour but le service de l'homme. De là vient qu'elles attendent leur rénovation en même temps que celle de leur maître (cum homine renovationem suam expectant). » (6)

Être au service de l'homme ne peut sûrement signifier être torturé, tué, abattu d'un coup de feu sans nécessité ou être mis à mal d'autre manière. Bien qu'il soit presque inutile d'expliquer le mot rénovation, les chrétiens le comprennent comme la rénovation des corps après la seconde venue du Christ et la limitent à l'homme, à l'exclusion de l'animal. Ceux qui étudient la Doctrine Secrète (7) l'expliquent par le renouvellement et le perfectionnement successifs des formes sur l'échelle de l'être, objectif et subjectif, et cela dans une très longue série de transformations évolutives, depuis l'animal jusqu'à l'homme, et au-delà, dans le sens ascendant.

Bien entendu, cette conception sera, une fois de plus, rejetée par les chrétiens avec indignation. On va nous dire que ce n'est pas ainsi qu'on leur a expliqué la Bible, et qu'elle ne peut jamais vouloir dire cela. Inutile donc d'insister. Nombreuses, et bien amères dans leurs résultats, ont été les interprétations erronées de ce que les gens se plaisent à appeler la « Parole de Dieu ». La phrase : « Maudit soit Canaan ! Il sera le serviteur des serviteurs de ses frères » (Genèse, 9, 25) a été la cause de siècles de misères et de malheurs immérités infligés aux infortunés esclaves noirs. C'est le clergé des Etats-Unis, qui se montra l'ennemi le plus acharné dans les débats sur (l'abolition de l'esclavage, où il opposa sa résistance Bible en min. Cependant, il est prouvé que l'esclavage a été la cause du déclin naturel de chaque pays et même Rome la superbe a connu la chute parce que, comme le remarque Geijer, à juste titre, « la majorité du monde antique était faite d'esclaves ». Mais, en tous temps, les meilleurs des chrétiens, et les plus intellectuels, ont été si terriblement imbus de ces multiples interprétations fausses de la Bible que même Milton, l'un des plus grands poètes, n'accorde au pauvre animal pas la moindre parcelle du droit à la liberté qu'il défend pour l'homme :

« Il (Dieu) nous accorda seulement sur bête, poisson ou oiseau,

Domination absolue ; ce droit nous le tenons

Du don qu'il nous fit, mais il n'a pas conféré à l'homme

D'être un seigneur pour l'homme : ce titre, à lui-même

Il le réserve, l'humain restant libre de l'humain. » (8)

Cependant, tout comme le meurtre, l'erreur doit « éclater au jour » : inévitablement, une absurdité doit se présenter chaque fois que des conclusions erronées sont soutenues pour combattre ou pour défendre une question jugée d'avance. Ceux qui s'opposent au philozoïsme [amour des animaux] oriental offrent ainsi à leurs critiques une arme formidable pour balayer leurs plus habiles arguments, par l'inconséquence qui sépare prémisses et conclusions ; faits postulés et conclusions tirées.

C'est l'objet du présent Essai de jeter un rayon de lumière sur ce sujet éminemment sérieux et intéressant. Dans l'intention de démontrer l'authenticité des nombreuses résurrections miraculeuses d'animaux produites par leurs saints, les auteurs catholiques en ont fait le sujet de débats sans fin. Selon l'opinion de Bossuet, l'âme chez les animaux pose « la plus difficile comme la plus importante de toutes les questions .philosophiques ».

Face à la doctrine ecclésiastique qui veut que, sans être dépourvus d'âme, les animaux n'aient pas en eux d'âme permanente ou immortelle, et que le principe qui les anime meure avec le corps, il devient bien intéressant d'apprendre comment théologiens scolastiques et devins d'Église arrivent à réconcilier cette affirmation avec le fait mis en avant que des animaux peuvent être ressuscités, et qu'il y a eu de tels cas observés, de façon fréquente et miraculeuse.

Bien qu'il soit seulement une tentative modeste ― il faudrait écrire des volumes pour entrer dans tous les détails ― le présent Essai, qui dénonce l'inconsistance des interprétations scolastiques et théologiques de la Bible, vise à convaincre les gens du grand crime qui s'attache au meurtre des animaux, particulièrement dans la chasse pour le plaisir et a vivisection. En tout cas, son but est de montrer qu'aussi absurde que soit l'idée qu'homme ou anima puisse être ressuscité, une fois que le principe de vie a quitté le corps à jamais, de telles résurrections ― si elles étaient vraiment authentiques ― ne seraient pas plus impossibles dans le cas d'une bête privée de la parole que d'un homme, car ou bien l'un et l'autre sont doués par nature de ce que nous appelons « âme », d'une manière si vague, ou bien ni l'un ni l'autre n'en sont pourvus. top-iconRetour en Hauttop-icon