Lundi 23 Octobre 2017

Mis à jour le Lun. 23 Oct. 2017 à 09:43

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L'Espace et la Présence

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(Traduction de l’article “Space and the Presence” des Studies in ‘‘The Secret Doctrine’’ (Book II), de B.P. Wadia)

« Des Dieux aux hommes, des Mondes aux atomes, d'une étoile à une chandelle, du Soleil à la chaleur vitale de l'être organique le plus minuscule – le monde de la Forme et de l'Existence constitue une immense chaîne dont les anneaux sont tous reliés entre eux…
« Aussi lorsque la Doctrine Secrète – postulant que l’espace conditionné ou limité (comme location) n’a pas d’existence réelle si ce n’est dans ce monde d’illusion, ou, en d’autres termes, dans nos facultés de perceptions ‒ enseigne que chacun des mondes supérieurs, comme des mondes inférieurs, est entremêlé avec notre propre monde objectif ; que des millions de choses et d’êtres sont, au point de vue de la localisation, autour de nous et en nous, comme nous le sommes autour d’eux, avec et en eux ; ce n’est point-là une façon de parler de métaphysique, mais un fait réel dans la Nature, aussi incompréhensible que cela soit pour nos sens.
« Il faut cependant comprendre le langage de l'Occultisme… Par exemple, la Doctrine se refuse… à employer les mots "en haut" et "en bas", "plus élevé" et "plus bas", lorsqu'il s'agit de sphères invisibles, étant donné qu’ils n'ont aucun sens. De mêmes, les termes "Est" et "Ouest" sont simplement conventionnels et ne sont nécessaires que pour aider nos perceptions humaines. En effet, bien que la Terre ait ses deux points fixes dans les pôles, Nord et Sud, cependant l'Est et l'Ouest, n'en sont pas moins tous deux variables en fonction de la position que nous occupons sur la surface de la Terre et en raison de sa rotation de l'Ouest en l'Est dont elle est animée. Aussi, lorsqu'il est fait mention "d'autres mondes" – qu'ils soient meilleurs ou pires, plus spirituels ou encore plus matériels, quoique tous deux invisibles – l'Occultiste ne place ces sphères ni en dehors ni au dedans de notre Terre, comme le font les théologiens et les poètes, car elles ne sont situées nulle part dans l'espace connu ou imaginé par le profane. Elles sont en quelque sorte mélangées à notre monde – elles l'interpénètrent et sont interpénétrées par lui. Il y a des millions et des millions de mondes et de firmaments qui nous sont visibles ; il y en a un plus grand nombre encore au-delà de ceux que les télescopes permettent de voir et beaucoup de ces derniers n'appartiennent pas à notre sphère objective d'existence. Bien qu'aussi invisibles que s'ils étaient situés à des millions de miles au-delà de notre Système Solaire, ils sont avec nous, près de nous, dans notre propre monde et sont, pour leurs populations respectives, aussi objectifs et matériels que notre monde l'est pour nous. Pourtant le rapport qui existe entre ces mondes et le nôtre n'est pas du tout celui qui unit ces séries de boîtes ovales renfermées les unes dans les autres, comme les jouets appelés des nids chinois ; chacun de ces mondes est entièrement soumis à ses lois et à ses conditions spéciales, sans avoir de relations directes avec notre sphère. Les habitants de ces mondes, comme nous l'avons déjà dit, peuvent, sans que nous le sachions ou le sentions, passer à travers nous et autour de nous comme dans un espace vide, leurs habitations mêmes et leurs contrées étant mélangées aux nôtres, sans gêner notre vue, parce que nous n'avons pas encore les facultés nécessaires pour les discerner. Cependant, grâce à leur vision spirituelle, les Adeptes, et même certains voyants et sensitifs, sont toujours à même de discerner, dans une mesure plus ou moins grande, la présence autour de nous et l'étroite proximité d'Êtres appartenant à d'autres sphères de vie. Ceux qui appartiennent aux mondes supérieurs (au point de vue spirituel) ne communiquent qu'avec les mortels terrestres qui s'élèvent, par leurs efforts individuels, jusqu'au plan supérieur qu'ils occupent. » (The Secret Doctrine [S.D.]. I, 604-5).

L’Espace est ‘‘la seule chose qu’aucun mental humain ne puisse exclure d’une conception quelconque, ni appréhender en tant que telle’’ (S.D. I. 14). D’autre part, en tant que symbole, l’Espace mobilise et éveille la pensée. C’est un noble symbole parce qu’il élève le mental jusqu’au plan de la sérénité, et utile car il libère le mental de ce qui est sans importance, inutile et sordide. C’est un symbole révélateur : la Grande Présence peut être perçue en lui et à travers lui. L’œil peut le voir, mais ne pas le comprendre ; le mental peut le percevoir mais ne pas le saisir ; le cœur peut le saisir mais ne pas le décrire. C’est le symbole de la Solitude, car l’homme individuel s’y perd, jusqu’à ce qu’il réalise qu’il est le Tout, et alors l’espace devient le symbole de l’Unité Divine et Indivisible. L’humanité orpheline et chaque individu apprennent la leçon de l’Unité dans la Solitude. Celui qui atteint cette unité ne peut pas faire le don de sa réalisation aux autres. C’est un symbole sacré, car l’espace est le fondement, la pierre angulaire et le saint des saints dans le sanctuaire de la Vie.
L’espace est Sans Parent et Toujours-Existant. Le Catéchisme Occulte contient les questions et les réponses suivantes :

« ‘‘Qu'est-ce qui est toujours ?’’ – ‘‘L'Espace, l'éternel Anupâdaka [Sans Parents]’’ ‘‘Qu'est-ce qui fut toujours ?’’ ‘‘Le Germe dans la Racine.’’ ‘‘Qu'est-ce qui, sans cesse, va et vient ?’’ ‘‘Le Grand Souffle.’’ ‘‘Alors, il y a trois Eternels ?’’ ‘‘Non, les trois sont un. Ce qui est toujours est un, ce qui fut toujours est un, ce qui est et devient sans cesse est aussi un : et c'est l'Espace.’’ (S.D. I. 11).
« L'Espace est appelé, dans le symbolisme ésotérique : le “Mère-Père Eternel aux Sept Peaux”. Il est composé de ses sept couches, de sa surface non différenciée à sa surface différenciée.
« “Qu'est-ce qui a été, qui est et qui sera, qu'il y ait un Univers ou non ; qu'il y ait des dieux ou qu’il n’y en ait pas ?”, demande le Catéchisme ésotérique Senzar. Et la réponse est : “C'est l'ESPACE !” » (S.D. I. 9)

L’étudiant débutant est aidé en apprenant d’abord les deux principales conceptions de l’espace – l’abstraite et la concrète, ou la non-manifestée et la manifestée. Nous devons considérer comme point de départ que l’espace est, à la fois, le symbole de l’Être-té Absolu et de l’existence conditionnée, ou le Devenir de l’Être. C’est l’Arrière-plan illimité toujours existant, dans lequel les univers se manifestent et disparaissent. C’est l’Éternel-présent indestructible qui est le théâtre des naissances et des morts. Mais l’Absolu n’est pas distant ou différent du Conditionné : cet Arrière-plan n’est pas quelque chose de différent des Univers, de même le Toujours Présent n’est point séparé de ce qui nait et meurt.

« Il n'y a, dans l'Univers, qu'une Omniscience et Intelligence indivisibles et absolues, et cela vibre à travers chaque atome et chaque point infinitésimal de tout le Kosmos fini, qui n'a pas de limites, et que les sens appellent l'ESPACE – considéré indépendamment de tout ce qui y est contenu. » (S.D. I. 277)
« CHAOS - THEOS – COSMOS. Ces trois sont ce qui contient de l'Espace ; ou, comme l'a défini un Cabaliste érudit : ‘‘L'Espace, qui contient tout sans être contenu, est l'expression primaire de l’Unité simple... l'extension sans bornes.’’ Mais il ajoute la question, ‘‘L'extension sans bornes de quoi ?’’, et il répond avec raison : ‘‘Le contenant inconnu de tout, la CAUSE PREMIÈRE Inconnue.’’ C’est la définition et la réponse la plus correcte, la plus ésotérique et vraie, à tous les points de vue de l’enseignement occulte.
« L'ESPACE, que, dans leur ignorance et avec leur tendance iconoclaste à détruire toutes les conceptions philosophiques de jadis, les savants modernes ont proclamé être "une idée abstraite" et un vide, est, en réalité, le Contenant et le corps de l'Univers avec ses sept principes. C'est un corps d'une étendue sans limites ‒ dont les PRINCIPES sont chacun septuples, selon la phraséologie Occulte –– et qui ne manifestent dans notre Monde phénoménal que la partie la plus grossière de leurs subdivisions. » (S.D. I. 342).

L’intimité indissoluble entre l’Absolu et le Conditionné existe ; l’étudiant de la Doctrine Secrète est invité à faire un effort mental pour la comprendre, et de la réaliser, ne serait-ce que faiblement ou de façon imparfaite par un effort du cœur ; c'est-à-dire, en mettant en pratique cette vérité pour lui-même et en lui-même. À cette fin, il faut lire le passage suivant conjointement avec l’extrait, long mais combien important, donné au début de cet article.

« [Les Stances] enseignent, la croyance à des Pouvoirs conscients et à des Entités Spirituelles ; à des Forces terrestres, semi-intelligentes et hautement intellectuelles, situées sur d'autres plans (leur intellection, étant sans doute, d’une nature toute différente de celles que nous pouvons concevoir sur Terre) ; et à des Êtres qui habitent parmi nous dans des sphères que ne sauraient déceler ni le télescope ni le microscope. » (S.D. I. 478).
« L'homme n'est certainement pas le produit d’une création spéciale, c’est le produit du travail de perfectionnement graduel de la Nature, comme il en est de toute autre entité vivante sur cette Terre. Mais ceci n'a trait qu'au tabernacle humain. Ce qui vit et pense dans l'homme, ce qui survit à cette forme, le chef-d’œuvre de l'évolution – c'est ‘‘l'Éternel Pèlerin,’’ la différenciation Protéenne, dans l'espace et le temps, de l'Unique Absolu ‘‘Inconnaissable’’. » (S.D. II. 728).

L’Espace est sans limite, aussi extensif et vaste qu’il puisse apparaître au mental ou au cœur humain.
Chacun peut s’apercevoir qu’au-delà de l’horizon il y a l’espace. Au-delà du Système Solaire, au-delà du Système Galactique ou Stellaire, et même au-delà de la totalité de ce qu’on appelle l’Univers, il y a l’espace. Mais ce que nous appelons l’Au-delà dans le plus vaste, existe également dans le plus petit. Entre les cellules il y a les molécules, et entre les molécules les atomes et, ensuite, des unités de vies de plus en plus petites, entre lesquelles il y a un Au-delà. Il y a un Au-delà qui transcende à la fois ce que peut révéler le plus puissant télescope, et le plus puissant microscope.
Le mental humain peut calculer et poser une limite à la manifestation entière [de l’univers], mais, au-delà de Ceci, pour utiliser les termes des anciens philosophes des Upanisads, il y a Cela. Au-delà de la distance la plus longue et du nombre le plus grand, il y a Cela ; mais également en deçà de la plus petite distance et du plus petit nombre, il y a Cela. Le mental du philosophe et du mathématicien, qui parcourent subjectivement l’un ou l’autre cas des deux profondeurs du ‘‘vide’’ de l’Au-delà, comprennent l’espace autrement que le scientifique qui observe les dimensions de taille grande et petite de l’espace, tout comme le mental comprend le phénomène du lever et du coucher du soleil, alors que l’œil ne perçoit que le soleil se mouvant de lui-même. Mais, même en comprenant ce phénomène, le mental touche l’Au-delà et se dit, il y a Cela derrière tout Ceci.
L’occultiste-mystique entre aussi en rapport avec l’espace mais d’une manière d’autant supérieure au mental que ce dernier l’est par l’observation par les sens physiques. Il y a l’œil du corps et l’œil du mental, qui est la raison ; mais il y a aussi l’œil du cœur, qui est l’intuition, que possède et dont se sert le saint sage. Mais même la Compassion du Cœur, qui annihile les distances et perçoit l’unité du tout et fait l’expérience du Réel, rencontre aussi l’Au-delà qui inspire la crainte.
C’est pourquoi il est dit qu’« Il transcende la capacité de conception de l’homme, et ne pourrait qu'être rapetissé par toute expression ou comparaison humaine. » (S.D.,I. 14). Et cependant, à moins que la réalité suprême, la vérité sublime ne soit prise en compte comme étant le centre à partir duquel toutes les recherches philosophiques doivent commencer, le mental est voué à l’échec et l’homme condamné à rester enchaîné à l’incertain et au conditionné.
L’Espace Abstrait n’est ni Être ni Non-Être, cependant H. P. Blavatsky insiste pour appeler Cela l’Être-té.

« L'Espace est la seule chose éternelle que nous puissions imaginer le plus facilement, immuable dans son abstraction, et non influencé tant par la présence que par l'absence en lui d'un Univers objectif. Il est sans dimensions, dans tous les sens, et soi-existant. L'Esprit est la première différenciation de CELA, la Cause sans Cause à la fois de l'Esprit et de la Matière. Il n’est ni le “vide sans bornes”, ni “la plénitude conditionnée”, mais les deux à la fois, comme l’enseigne le catéchisme ésotérique. Cela a été et sera toujours. » (S.D., I. 35).
« Puisqu'il ne peut y avoir ni deux INFINIS ni deux ABSOLUS dans un Univers supposé Illimité, on ne peut guère concevoir que cette Soi-Existence crée personnellement. Au sens et aux perceptions d' “Êtres” finis, CELA est Non-“Être,” dans ce sens que c’est l’ÊTRE-TÉ une; car, dans ce TOUT, gît cachée son émanation coéternelle et contemporaine, ou son rayonnement inhérent, qui, devenant périodiquement Brahmâ (la Potentialité mâle-femelle), devient ou s'épand en l'Univers manifesté. Nârâyana qui se meut sur les eaux (abstraites) de l'Espace, se trouve transformé en les Eaux de la substance concrète mises en mouvement par lui, qui dès lors devient le MONDE manifesté ou Logos. » (S.D., I. 7).
« Dans son absoluité, l'Unique Principe sous ses deux aspects (de Parabrahman [l’Esprit] et de Mulaprakriti [la matière primordiale non-différenciée]), est asexué, inconditionné et éternel. Son émanation périodique, (manvantarique [cycle d’un univers]), ou rayonnement primordial – est aussi Une, androgyne, et phénoménalement finie. » (S.D. I. 18).

Il est symbolisé par les Ténèbres dans lesquelles et d’où surgit la Lumière.

« D'après les enseignements de l'Occultisme Oriental, les TÉNÈBRES constituent la seule vraie réalité, la base et la racine de la Lumière, sans laquelle cette dernière ne pourrait jamais se manifester, ni même exister. La lumière est matière, et les TÉNÈBRES pur Esprit. Les Ténèbres, dans leur base radicale et métaphysique, sont lumière subjective et absolue ; tandis que cette dernière, dans tout son éclat et sa gloire apparentes, n'est qu'une masse d'ombres, parce qu'elle ne peut jamais être éternelle, et n'est simplement qu'Illusion ou Mâyâ. » (S.D., I. 70).


Il est symbolisé par le Grand Vide dans lequel et par lequel le Plenum manifesté existe.

« L'Espace n'est ni un “vide illimité” ni une “plénitude conditionnée”, mais l’un et l’autre; c'est aussi, sur le plan de l'abstraction absolue, la Déité à jamais inconnaissable, qui n'est un vide que pour les intelligences finies, et sur le plan de perception mâyâvique [illusoire], le Plenum, le Contenant absolu de tout ce qui est, manifesté ou non manifesté : Il est, par conséquent ce TOUT ABSOLU. » (S.D., I. 8).
« Ce qui, pour le Physicien, qui ne connaît que le monde des causes et des effets visibles, n’est qu’un abîme de néant, est, pour l'Occultiste, l'Espace sans bornes du Plenum Divin. » (S.D. I. 148).

Il est appelé l’Absolu dans lequel et à partir duquel la Déité dans la Nature se forme et se dissout.

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